lundi 16 janvier 2017

Imagine. "Les Sahraoui en 2018" et "Il faut partir"

Il est sorti !!!  et en orient aussi, ici.
Imagine. "Les Sahraoui en 2018" et "Il faut partir"

Les actuelles relations France-Sahara Occidental sont un paradoxe inepte de l'Histoire ; qu'à cela ne tienne, des écrivant-es des deux nations se sont accordés pour coécrire !

Tout est rare dans ce livre, le procédé d'écriture, la partie en hassanya, le contenu...

En un livre à deux sens et 5 langues, deux histoires, fictions politiques ou textes de politique fiction, des textes empreints de vraisemblance, qui sont aussi des sages élaborations tissées d'espoir.

"Les Sahraouis en 2018" : deux scénarii vers une indépendance inéluctable. Quand l'or noir annihile les esprits, et l'avidité le bon sens, tout est possible - le meilleur comme le pire - pour un peuple écartelé entre occupation et exil. C'est le contexte de la première histoire,

"Imagine. Il faut partir": 40 années de vie précaire comme réfugiés et sous assistanat sont bouleversées quand il faut partir, et trouver refuge ailleurs. Face à la réalité implacable, tout est à inventer pour partir de l'aride désert salin, et chercher au-delà des champs de mines antipersonnel… 

Préfacé par Niko, blogger à Mediapart

Par l'entrée occidentale, les versions en français, anglais et espagnol, et par l'entrée orientale, les versions en hassanya et arabe.

Ils ont dit des textes :
- Militant sahraoui en territoire occupé : "C'est très important ce texte, c'est la première fois que quelque chose comme ça est écrit"
- Universitaire sahraoui en Espagne : "Le texte est bon, maintenant il faut suivre le script"
- Une militante française : "Bluffée ! C'est ce que je me suis dit après avoir lu Imagine. J'ai plein de choses à dire dessus… !"
- Le représentant sahraoui en France (2015) : "La question du Sahara Occidental est suffisamment sérieuse pour ne pas jouer avec".
- Une militante espagnole. "Le texte est visionnaire ! Ils en sont maintenant presque à la guerre à Gerguerat"
- Une lectrice française :"Je me suis laissée prendre par le texte, à un moment j'étais perdue, je ne savais plus si c'était la réalité ou une fiction !"
- Le représentant sahraoui aux USA (2015) : "This is the best thing I have ever read about us! Thank you so much".

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180p. 8 euros
ISBN 978-2-9552413-1-8

Paru aussi chez APSO : "Lutter au Sahara, du colonialisme vers l'indépendance au Sahara Occidental" http://ap-so.blogspot.fr/p/lutter-au-sahara-le-livre.html
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Imagine. « The Saharawis in 2018 » and « We must leave »

Current relations between France and Western Sahara are an inept paradox of history ;  to make this not  to be the case writers of the two nations have agreed to write together, to co-write !

Everything about this book is unusual, the procedure for writing, the part in Hassaniya, the content…

In a two-way book in  five languages, we have two stories which are political fictions or texts of political fiction, texts full of plausibility, which are also shrewdly developed and interwoven with hope.

« The Saharawis in 2018 » «  two scenarios leading to inevitable independence . When black gold annihilates minds and greed all good sense, everything is possible – the best just as much as the worst – for a people torn between occupation and exile. This is the context of the first story.

« Imagine. We must leave » : 40 years of precarious life as refugees  dependent on aid are upset when it is necessary to leave and find refuge elsewhere. Faced with the implacable reality, everything has to be invented to depart from the arid salty desert and look beyond the anti-personnel minefields.

Preface by Niko who blogs at Mediapart.

Starting from the Western side, we have French, English and Spanish versions of the text, and from the Eastern side, versions in Hassaiya and Arabic.

Comments on the stories :
- Saharawi activist in the occupied territory : « It’s very important this text, it is the first time that something like this has been written »
- Saharawi academic in Spain : « The text is good, now let’s follow the script »
- A French activist : « Bluffed, that’s what I said to myself after reading Imagine. I have lots to say about it… »
- The Saharawi representative in France (2015) : « The question of Western Sahara is serious enough not to play with it »
- A Spanish activist «  « The text is visionary ! They are now almost at war in Guerguerat »
- A French reader : « I was taken in by the text, at one moment I was lost and no longer knew if it was reality or fiction ! »
- The Saharawi representative in the USA (2015) : « This is the best thing I have ever read about us ! Thank you so much,»

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180p. 8 euros
ISBN 978-2-9552413-1-8

Also published by APSO : "Lutter au Sahara, du colonialisme vers l'indépendance au Sahara Occidental" http://ap-so.blogspot.fr/p/lutter-au-sahara-le-livre.html
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Imagina. «Los saharauis en 2018» y « Hay que partir»

Las relaciones actuales entre Francia y el Sahara Occidental son una paradoja inepta de la Historia. A pesar de ello, ¡escribidores de ambas naciones se han puesto de acuerdo para co-escribir!

Todo es raro en este libro: el procedimiento de escritura, la parte en hassanía, el contenido…

En un libro en dos direcciones y cinco lenguas, dos historias, ficciones políticas o textos de política ficción, textos verosímiles que son también elaboraciones sabias tejidas de esperanza.

“Los saharauis en 2018”: dos guiones hacia una independencia ineluctable. Cuando el oro negro aniquila el espíritu, y la codicia, el sentido común, todo puede pasar –lo mejor y lo peor- a un pueblo dividido entre la ocupación y el exilio. Este es el contexto de la primera historia.

“Imagina. Hay que partir”: 40 años de vida precaria como refugiados y viviendo de la ayuda se trastornan cuando hay que partir y encontrar refugio en otra parte. Frente a la realidad implacable, todo está por inventar para salir del árido desierto salino y buscar más allá de los campos de minas antipersonas…

Prefacio de Niko, blogero en Mediapart

Por la entrada occidental, las versiones en francés, inglés y español, y por la entrada oriental, las versiones en hassanía y árabe.

Comentarios sobre los textos:
 - Activista saharaui en los territorios ocupados: “Este texto es muy importante. Es la primera vez que se escribe algo así”.
- Universitario saharaui en España: “El texto es bueno. Ahora hace falta seguir el guión”.
- Una activista francesa : “¡Me ha embaucado! Es lo que he pensado tras leer Imagine. Tengo muchas cosas que decir al respecto…”.
- El representante saharaui en Francia (2015) : « “La cuestión del Sahara Occidental es demasiado seria para jugar con ella”.
- Una activista española: « ¡El texto es premonitorio ! Ahora están en un clima pre-bélico en Guerguerat”.
- Una lectora francesa : “Me he dejado llevar por el texto hasta que me he perdido en él. ¡Ya no sabía si se trataba de realidad o de ficción!”.
- El representante saharaui en los EEUU (2015): “¡Es lo mejor que he leído jamás sobre nosotros! Muchísimas gracias”.

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180páginas. 8 euros
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También en APSO : « Luchar en el Sahara; del colonialismo hacia la independencia en el Sahara Occidental »  http://ap-so.blogspot.fr/p/lutter-au-sahara-le-livre.html

jeudi 8 décembre 2016

Sahara Marathon 2017, ce sera le 28 février

Les inscriptions sont ouvertes pour la 17ème édition du Sahara Marathon, 4 courses de solidarité avec le peuple Sahraoui.
Le lieu : dans les campements de réfugiés sahraouis, près de Tindouf, dans le désert du sud-ouest algérien. Cet événement sportif relie symboliquement les villes et se déroule pendant la semaine de la fête nationale.

Les distances proposées sont au choix le marathon - 42km195, le semi - 21km, ou les 10km ou 5km. Départs échelonnés le 28 février 2017.

Cette compétition internationale permet d’allier sportivité, solidarité, et découverte, dans un cadre inimaginable, une température très agréable. Épreuve sportive et partage solidaire sont au programme de la semaine passée aux côtés des réfugiés sahraouis, au coeur de leur extraordinaire hospitalité.
Cette session s’annonce avec la participation de Giorgio Calcaterra, triple champion du monde du 100 km. 
Résultats 2016 : marathon homme en 3h01’08 ; marathon femme 4h11’56 ; semi homme, 1h13’43, semi femme 2h06’53 ; 10km homme, 32,55 ; 10km femme, 46’23 ; 5km homme, 19’23 ; 5km femme 25’30.

Les dates du séjour 2017 sont du 25 février au 4 mars. Vous pouvez voyager sur les vols réguliers partant au plus près de chez vous en direction de Tindouf (via Alger ou Oran), ou avec le charter qui part de Madrid.

Le coût du séjour sur place, avec la course, les visites, la participation solidaire et l’hébergement complet chez l’habitant est de 225 euros, (hors vol, adhésion, frais de visa).
Le coût au départ de Madrid est de 950 euros (vol, inscription course, hébergement pension complète chez l’habitant, visites, participation au projet défini par les Sahraouis pour soutenir leurs sportifs)
Les documents de voyage nécessaires sont un passeport encore valide 6 mois, et un visa pour l'Algérie. (Contacter APSO pour les formalités de visa)

Cet événement sportif et solidaire international est aussi l’occasion pour les organisations sportives de faire parvenir leurs dons et soutiens aux clubs ou équipes de sports scolaires des campements de réfugiés. Les organisations intéressées sont invitées à se mettre en contact par mail avec la coordination française.

Renseignements et inscriptions :  apsolument  @  yahoo.fr

APSO, le 6 décembre 2016
 

dimanche 20 novembre 2016

Paru : Information et commentaire n°176, Sahara Occidental



vient de paraitre...
Information et commentaire, le développement en question,  n° 176
Sahara Occidental
Jeudi 10 novembre 2016
Éditorial. Migrations - Patrice Allard                 p1
Dossier : Sahara occidental
* L’histoire tourmentée du Sahara occidental - Patrice Allard            p5
Annexe statistique                  p24
* Conditions de vie dans le territoire non autonome du Sahara occidental occupé par le Maroc - Michèle Decaster                         p27
* Les Sahraouis du Sahara occidental et du Sud du Maroc. Identité nationale et mobilisation - Isaias Barre Ñada B.                         p38
* Témoignages - Amis du Peuple du Sahara occidental                    p49
* Sahara occidental : la vie dans les camps de réfugiés - Philippe Leclercq                        p58
* D’exil en exil : Limam Boicha -  Amis du Peuple du Sahara occidental                 p61
* Les efforts pour préserver la culture sahraouie : maintenir la langue, l’identité et la communauté malgré les politiques d’intégration et l’exil - Tara F. Deubel                        p65
* L’ONU face à la question du Sahara occidental - Patrice Allard                 p72

Ouvrages et publications reçus - Comptes rendus rapides                   p80
http://informations-et-commentaires.nursit.com

mercredi 16 novembre 2016

Agounia

Un grand jardin de parcelles en damier fait un pied de nez au désert. Depuis trois générations une famille le cultive dans la daïra d’Agounia, à l’intérieur du camp de réfugiés sahraouis d’El Aaiun.

Agounia sonne comme agonie. Enfants des nuages ne les poursuivant plus pour mener les troupeaux en transhumance, mais fuyant leurs brulures de phosphore. Peuple ne traversant plus la surface du désert, mais la creusant en tombes où s’enterrer vivants pour échapper aux bombes et aux tirs, se mettant à creuser pour fabriquer des briques de toub pour s’abriter, la grattant pour pouvoir se nourrir, et la creusant, encore et encore en tombes où enterrer ses enfants, ne pouvant échapper à la mortelle absence de solution négociée.

Agounia, agonie silencieuse. Pendant que d’autres creusent leur pays, volent les richesses naturelles, raclent les fonds marins, enfouissent les Droits Humains au fond des geôles, trois générations cultivent les seules parcelles qu’on veut bien leur laisser. Celles d’une situation mise en jachère par l’ONU, d’une injustice comme autant d’adventices invasives tolérée par des pays  coupables et complices, d’une assistance déculpabilisante, celle d’une négociation dont les semences seraient stériles.

Agounia, agonie qui n’en finit pas. Et toujours aucun germe d’espoir. Pourtant cette année riche en évènements exceptionnels aurait du faire craqueler cette terre d’exil.
Les inondations de novembre 2015 et d’août 2016 offrant une fois de plus le choix d’un provisoire Sahraoui de toub ou de tente à consolider, ou bien d’un avenir algérianisé de parpaings.
La mort du Président sahraoui le 31 mai 2016 et quarante jours plus tard l’élection d’un nouveau Président à la fois combattant de la première heure et diplomate chevronné permettra t’elle de sortir de l’impasse ? « Chaque jour je me dis qu’aujourd’hui n’est pas un bon jour pour combattre et qu’il fallait combattre hier. Chaque jour », me disait un ami Sahraoui….
Les provocations marocaines : chasser la Minurso pour son emploi de l’euphémisme « occupation » ; expulser à tour de bras journalistes, avocats et défenseurs des Droits Humains ;  transgresser le mur de leur honte dans la zone d’Alguergarat, en violer le cessez-le-feu. Ces provocations n’ont jamais été aussi nombreuses et n’ont toujours pas entamé l’indifférence ni dérangé les intérêts de quelques « États voyous ». Dans ce monde où la provocation et l’outrance mènent  au pouvoir, la place des Sahraouis restera t’elle l’exil et la prison ?

Agounia, agonie négociée. Malgré ces évènements inédits depuis un an, la terre n’a pas bougé, l’espoir ne germe pas. Cette part d’humanité légitime d’un pays viable, ces hommes en attente de justice ne sont ils destinés qu’à devenir part d’humus d’une terre d’exil désertique et définitive ?

Agounia, c’est pourtant sous une de tes tentes que sans me connaitre on m’offre les seules richesses, une couverture pliée dans un coin, pour réchauffer corps et âme, du thé et du lait pour que je cesse de m’altérer. Je n’ai vécu cela que sous les tentes de réfugiés. Le « si peu » est offert sans délai et sans hésitation. « Celui que tu accueilles aujourd’hui, peut être t’abritera t’il ce soir... »


L’agonie , cette bataille livrée par le froid du cœur, par qui est elle vraiment perdue ?


Jean-François Debargue
Agounia, 10 novembre 2016

Nota
campements de réfugiés sahraouis : proximité Tindouf, désert salin sud ouest algérien
daira : ville
toub : sable argileux
minurso : mission des Nations Unies pour le referendum au Sahara Occidental

mercredi 14 septembre 2016

Le Key Bay et son chargement, Apso interpelle la douane

Par un courrier envoyé le 9 septembre à la direction régionale des douanes du Havre, Apso alertait l'institution sur les risques d'erreur de taxations sur la cargaison transportée par le navire Key Bay (IMO 9291561), chargée à El Aaiun au Sahara Occidental le 8 septembre et attendue à Fécamp vers le 14 septembre.
L'alerte était fondé sur la possibilité d'une indication de provenance erronée, soit "Maroc". Apso demandait à être informé de la taxation appliquée à cette cargaison.

Aucune réponse n'est arrivée à ce jour, ni accusé réception ou avis de prise en compte de la demande.

Le 10 septembre, WSRW a obtenu de l'armateur du Key Bay la confirmation qu'un chargement avait été embarqué à El Aaiun, ce que nous avions déduit de l'analyse de l'évolution du tirant d'eau du navire. L'étape suivante du Key Bay est Fécamp sans escale.

Le 13 septembre, la conclusion de l'avocat général de la cour européenne, M. Wathelet, rappelait sans équivoque « ni l’accord d’association UE-Maroc ni l’accord UE-Maroc sur la libéralisation des échanges des produits agricoles et de la pêche ne s’appliquent au Sahara Occidental »

Le 14 septembre, José Bové déclarait à WSRW demander "aux autorités portuaires du Havre de lire attentivement les conclusions magistrales de l'avocat général, d’intercepter le navire et d'évaluer efficacement son contenu, son origine et le régime d'imposition de ces produits".

Le navire est attendu demain jeudi à la mi journée à Fécamp, il semble qu'observateurs et média y seront très attentifs.

Sur la destination de la cargaison, il est très probable que ce soit l'entreprise Olvéa, qui n'a jamais répondu aux multiples interpellations et questions d'Apso sur la provenance de leurs importations, ni sur la façon dont il justifiait, le cas échéant, de la légalité des produits venant du Sahara Occidental.

APSO,  le 14 septembre 2016

vendredi 15 avril 2016

Exiland, 27 février 2016

 
Seuls ses yeux dévorent son visage. Le reste de son corps n’a pas vraiment l’occasion de dévorer quoique ce soit. Ce petit garçon de cinq ans en parait à peine trois ; ce que les pédiatres appellent ici sans rire « un retard de croissance harmonieuse ». 

A ses côtés, sa maman, née elle aussi dans les camps,rongée d’anémie, en attendant qu’un diabète ou un cancer ne viennent squatter « une avance de vieillesse inattendue ».

Sur une  table ronde de plastique toute juste assez grande pour passer l’encadrement de porte sans porte, une coupelle est devenue enclos .  3 « vaches qui rit » y pataugent dans un peu d’huile, attendant d’être attrapées dans leur minuscule corral par quelques bouts de pain.

La jeune future vieille femme Sahraouie me tend un petit saladier rempli de lait humanitaire reconstitué. Excédent d’un autre continent, le lait de chamelle local étant devenu hors de portée... A quand leur nécessaire en place de notre excédent ? Je l’incline à peine, mouillant par plaisir le dessus de ma lèvre supérieure. Face à moi, descendant le rebord opposé, une mouche effrontée, boit, avec la même délectation.

Dehors le vent de sable s’est transformé en tempête orangée. Les tôles inquiètes tremblent sur le toit et, forçant l’hospitalité, une part fatiguée de sable se pose, drapée sur le sol. Nous nous réfugions dans la pièce la plus petite, celle qui sert de remise à quelques valises qui rêvent d’être faites depuis 40 ans.

Sur le plateau où le sable finit par s’inviter, Raïbi prépare le thé. En un étrange défilé, six verres à thé martèlent le plateau transformé en Hamada, peu à peu emplis de mousse comme d’un éphémère espoir. En ce jour du quarantième anniversaire de la République Sahraouie, réfugiée dans cette toute petite pièce au milieu du Sahara, exilée dans la tempête, une jeune femme perdue dans ses songes et au milieu des valises fredonne un vieux chant sahraoui à son fils endormi. Un vieux chant qui parle d’un pays volé.

Les rêves se transmettent malgré tout en milieu hostile, devenant alors actes de résistance…
 
Jean-François Debargue 
Le 15 avril 2016

samedi 9 avril 2016

Bruits de bottes



 Après des années d'immobilisme au cours desquelles chacun claironnait sa victoire sur des avancées insignifiantes pour se persuader, côté Sahraoui, que l'espoir est encore possible, les choses vont-elles enfin bouger ?

L'amertume du temps qui passe, 40 années d'exil, la situation de la population Sahraouie des Territoires Occupés, les disparitions forcées, l'enfermement et la torture des prisonniers politiques, les graves inondations d'octobre ou la dégradation des conditions de survie dans les camps n’ont pas permis d'émouvoir une opinion indifférente ou maintenant préoccupée par sa seule sécurité.
Si une solution devait enfin naître, il semblerait que ce soit de la dégradation des relations entre le Maroc et l'ONU. L'émissaire du Secrétaire Général, puis le Secrétaire Général lui-même, et enfin les membres de la mission de l'ONU au Sahara ont tour à tour été déclarés "personna non grata" ou expulsés par le pouvoir marocain.
Mis devant le fait accompli de ne plus pouvoir négocier, - si négociation il y avait - l'occasion est aujourd’hui donnée au Polisario, de choisir d’agir pour chercher une solution sans l’ONU, et l’une des action pourrait être de reprendre les armes dont la menace régulièrement brandie trouve aujourd'hui un écho particulier.
Si le Polisario tergiverse et laisse l'ONU faiblir une fois de plus devant le Maroc pour revenir avec encore moins de pouvoir - rappelons que la Minurso est déjà la seule mission contemporaine de l'ONU qui ne soit pas mandatée pour juger du respect des Droits Humains - alors la situation continuera de s'éterniser, profitant au colonisateur.  En soutenant le Maroc dans son coup de force contre les Nations Unies, la France et l’Arabie Saoudite contribuent à mettre la région en danger. Il est vrai que ces apprentis sorciers ont de l’expérience…
Il s'agit sans doute là d'une des toutes dernières chances des Sahraouis. La situation est inédite et dans leur précarité on peut penser que les Sahraouis n'ont malheureusement plus rien à perdre.
En effet, depuis plus de 25 ans, le champ des négociations n’a pas donné la moindre récolte et même ceux qui avaient soutenu cette forme d’espoir confessent que leur plus grande erreur fut d’avoir signé le cessez-le-feu en 1991, suite à la promesse, 25 fois dite, 25 fois oubliée, qu’un referendum serait organisé dans les neuf mois suivants.
Qui pourra reprocher aux Sahraouis de renoncer à leur patience et leur non-violence après avoir été floués par l’échange d’un référendum promis contre un quart de siècle de négociations infructueuses et d’assistanat humanitaire ?
Qui pourra leur reprocher de vouloir mourir les armes à la main plutôt que de mourir dans les camps, la main tendue ? ou de mourir sous la torture en territoires occupés ?
Cette phrase de Boualem Sansal dans son livre « 2084 », s'appliquera-t’elle aux Sahraouis ?
" Dans le provisoire qui dure, il y a une leçon : l'important n'est plus le but, mais la halte, fut elle précaire. Elle offre repos et sécurité, et ce faisant elle dit l'intelligence pratique de l'Appareil ".
La halte n’a que trop duré. Elle touche les enfants de parents eux-mêmes nés dans les camps. Elle offrit certes repos et sécurité après l’exode de 1975.
Aujourd’hui elle n’offre aux générations nées de cette halte qu’une unique forme de repos et de sécurité : la mort dans l’oubli…

Jean-François Debargue
6 avril 2016 

dimanche 8 novembre 2015

Solubilité de l’espoir dans l’oubli ?



Nuena 40 ans après, même détermination
Ma sœur Sahraouie Nuena me l’a dit une nouvelle fois : « Ce que tu lis tu l’oublies, ce que tu entends tu l’oublies. Mais ce que tu vois, tu ne peux l’oublier ». Nuena est une spécialiste, défenseure des oubliés, oubliée elle-même.

Bien sûr je pourrais décrire les murs effondrés, les toits au sol, les vieilles tentes montées en toute hâte le long du camp de Smara, la moitié des habitations de banko d’Aousserd détruites, Dakhla redevenue sable à 80%. Bien sûr, je pourrais raconter une dizaine de jours passée avec ma famille d’accueil dans une petite serre à tomates de quatre mètres sur deux transformée en tente de poche, à quatre dont un jeune enfant malade et quelques centaines de mouches.
Mais qui pourra raconter les fêlures de ces êtres humains encore étonnamment debout, les fissures profondément inscrites dans leur vie d’exil, les blessures infligées par 40 années d’épreuves ?
Qu’on ne s’y trompe pas ; la luminosité dont certains font preuve passent aussi par ces failles dont ils sont lézardés :
Dounda, qui fait l’admiration de ses professeurs a donné sans compter à Fatma, sa petite sœur lourdement handicapée, plusieurs années de son adolescence et de sa scolarité. Cette année, brusquement, leur papa est mort. Cet homme dans la force de l’âge, en d’autres lieux, ne vous rendait qu’avec regret la main qu’il vous serrait, une fois prisonnière de la sienne. Je sais aujourd’hui qu’il y mettait l’intensité d’un pressentiment d’urgence. Du jour de sa mort, Fatma n’a plus ouvert la bouche, pour manger, pleurer ou sourire. Elle s’est laissé mourir une semaine après son père. Comme s’il avait usé d’une ultime grâce paternelle pour la délivrer et l’accueillir. Qui décèlera les fêlures sillonnant déjà la courte vie de Dounda ?
Douna et Fatma
Et Ghalia, dont le sourire peine à cacher la fatigue et l’anémie, prête à accoucher de son troisième enfant, elle qui déclarait adolescente ne pas vouloir donner vie dans ces camps où elle est née, qui dira la fragilité de ce qu’elle à finit d’accepter de construire ?
Et cette femme assise dans la poussière, pleurant sur, croyais-je, les gravats et ses maigres biens éparpillés autour d’elle et qui, nous l’apprîmes par une voisine, devenait folle d’avoir perdu sa fille… Quel homme, même s’arrogeant les pouvoirs d’un despote de Droit Divin pourra en réparer la brèche ?
Combien sont ils à se composer une façade digne et résistante face à l’usure du temps, à un assistanat déshumanisant, à l’injustice de l’application de leurs Droits. Combien sont ils encore à héberger l’espoir dans ce provisoire qu’ils finissent eux-mêmes par devenir ?

Ironie des mots et de l’histoire ! Les premiers responsables du Polisario voulurent détruire les quelques habitations en dur laissées par des bédoins de passage et que voulaient utiliser les nouveaux réfugiés arrivés en exil à Dakhla il y a 40 ans. La tente, symbole du provisoire, rappelait et devait rappeler chaque jour le retour espéré. Aujourd’hui, la plupart des responsables du Polisario habitent Tindouf… Ces dix dernières années les plus avisés analysaient que l’espoir d’un changement ne viendrait plus des camps mais des territoires occupés. Mais après l’Intifada, l’espoir écrasé de Gdeim Izik et l’emprisonnement de la relève générationnelle sahraouie à l’encontre de tous les Droits, seule la recherche de solutions familiales ou personnelles semble devenir prioritaire. L’espoir peut il survivre à un provisoire de quatre décennies ? S’éteindra t’il dans une sédentarisation rampante ?
Demain la quatrième génération vivra gratuitement mal dans ces camps, buvant coca-cola, mangeant PAM, fumant American Legend, en regardant des Soap Opera turcs et en se face-bouquant. Ils ne pouvaient pas espérer mieux que cette extinction annoncée, ceux qui vont fêter l’anniversaire des quarante ans de la trompeuse “marche verte”, paravent civil d’une invasion militaire, tout en omettant le rapport de la Cour Internationale de Justice du 15 octobre 1975 déboutant le Maroc de ses arguments de souveraineté sur le Sahara Occidental et autorisant le Peuple Sahraoui à faire valoir son droit à l’autodétermination.
J’ai vu les petits enfants des “enfants des nuages” jouer dans des lacs boueux et plus provisoires que leur avenir, ignorant qu’on leur avait volé une mer.
J’ai vu leurs grands parents ayant jadis suivi les bienfaits de la pluie dans leurs transhumances nomades faire des rigoles pour protéger des mêmes nuages cet exil honni.
J’ai vu grandir malgré leur “retard de croissance harmonieuse” les enfants sahraouis, je les ai vu jouer sans jouets, étudier sous les néons défaillants des camps, continuer d’apprendre dans d’autres pays pour… revenir faire des briques de sable. 
 
Ces vies difficilement construites, se soutenant solidairement je les vois fragiles et fissurées, dernier abri d’un espoir légitime, menacées de la pluie fine et persistante de notre oubli.

Jean-François Debargue, le 2 novembre 2015
Publié le 8 novembre par Apso avec l’autorisation de l’auteur.
Crédits Photos JFD