samedi 15 avril 2017

JfD. Étouffement organisé


« Les Sahraouis ? On s’en fout ! Ils sont inoffensifs  et pacifiés maintenant. On n’a plus qu’à attendre qu’ils s’éteignent tranquillement, étouffés par l’aide humanitaire dans leur désert ». 

Ces mots, prononcés par un fonctionnaire du Quai d’Orsay il y a déjà quelques années, reflètent à la fois le cynisme du pays dit des « Droits de l’homme » et l’instrumentalisation de l’aide humanitaire.

J’ai repensé à ces propos en tenant la main d’un vieil homme mourant sous une tente en février dernier. J’ai repensé à ces personnes disparues depuis 10 ans de fréquentation des campements Sahraouis, à ces enfants morts nés, à ceux emportés par la maladie, par le handicap, par l’injustice , à tous ceux « éteint tranquillement, étouffés par l’aide humanitaire »…

Les caravanes d’aides alimentaires continuent leurs incessantes navettes. Les négociateurs continuent de creuser la fosse commune du peuple Sahraoui comme on fait creuser leurs tombes aux condamnés. Vingt-six ans qu’ils creusent, pour avoir accepté ce marché de dupe : l’arrêt des combats contre l’organisation d’un référendum dans les neuf mois à suivre. Une durée de gestation de l’espoir qui s’est transformée en une nouvelle génération née dans les camps.

Les historiens mettront en avant ce calcul qui consiste à faire en sorte qu’une absence voulue de solution politique  sous anesthésie humanitaire finisse par résoudre un problème en devenant solution finale.

Non, l’application du processus de décolonisation n’est pas négociable. Non, la libération de prisonniers injustement jugés et condamnés  n’est pas négociable. Non, l’impunité d’un État  qui torture n’est pas négociable. Non, l’aide humanitaire n’a pas à être le sédatif d’une désertion politique.

L’aide humanitaire est née dans l’urgence exigeante des champs de bataille, des catastrophes naturelles ou de celles le plus souvent provoquées par l’homme. Son succès devrait  se mesurer  à la fois à sa rapidité d’intervention mais aussi à sa rapidité à quitter les lieux.  Elle a appris à se développer de façon protéiforme, des plus petites associations bénévoles jusqu’à l’internationalisation professionnelle parfois lucrative d’ONGs.

L’ONU qui s’est juridiquement ligotée par les liens de l’abstention ou du veto de ses états membres aux intérêts contradictoires a démontré une fois de plus son impuissance à organiser  le référendum d’autodétermination.  Chaque jour qui passe dresse de nouvelles pierres dans les cimetières Sahraouis sur le sol lunaire de la Hamada de Tindouf.  Une fois de plus, le 27 avril prochain,sera renouvelée cette mission fictive de la Minurso qui permet aux Nations Unies, en « gelant » la situation, et en sabordant les objectifs à atteindre, de déployer à loisir sa propre armada humanitaire, PAM ( Programme Alimentaire Mondial) UNICEF, OMS… À qui profite le crime ?

Le dévoiement humanitaire peut alors commencer. Conçu pour l’urgence, on lui demande de gérer une situation devenue  chronique, d’empiéter sur le champ du politique, suffisamment lâche et malhonnête  pour ne pas s’attaquer aux racines du mal colonial. L’aide humanitaire alors imperceptiblement  instrumentalisée doit s’interroger :  «  Faut-il aider les Sahraouis à survivre dans une injustice acceptable et l’absence voulue d’une solution politique ? » Si la réponse est oui, il lui faut alors accepter d’être  complice des preneurs d’otages en acceptant de continuer de nourrir les otages.

« Faut-il les aider à vaincre cette injustice » ? est une autre question qui appelle des réponses différentes, moins évidentes qu’une assistance systématique : celle de l’arrêt de négociations stériles.  Celle d’un ultimatum à poser à l’ONU. Celle d’un arrêt de l’aide humanitaire remettant la pression sur la responsabilité politique. Celle en dernier lieu d’une reprise des armes…

Mais que cesse ce lent étouffement humanitaire, politiquement prémédité.  Que cesse cet assistanat  sauvant des vies pour les maintenir en sursis et les priver d’avenir, cette éducation ajoutant  aux  capacités inutilisées la frustration, cette distribution alimentaire conçue pour l’urgence qui finit par nourrir des maladies chroniques, cette parodie de justice qui emprisonne les défenseurs des Droits de l’Homme et décore les bourreaux…
J’ignore  quels sont les mots donnés par ce jeune Sahraoui  à cet homme dont il caresse les cheveux blancs. J’ignore si l’homme qui meurt là en s’étouffant peu à peu est suffisamment conscient pour  percevoir qu’un jeune Sahraoui qui pourrait être son petit fils recueille son souffle. J’ignore si ce jeune homme pressent qu’il sera un jour ce vieillard agonisant dans ce désert, abandonné.

Mais je sais qu’ouvertement et sans aucune humanité des hommes (?) qui disent s’en foutre ont souhaité cet étouffement.

Jean-François Debargue, le 11 avril 2017
Publié par APSO avec l'autorisation de l'auteur

 Crédit photo JfD-Apso

lundi 16 janvier 2017

Imagine. "Les Sahraoui en 2018" et "Il faut partir"

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Il est sorti !!!  et en orient aussi, ici.
Imagine. "Les Sahraoui en 2018" et "Il faut partir"

Les actuelles relations France-Sahara Occidental sont un paradoxe inepte de l'Histoire ; qu'à cela ne tienne, des écrivant-es des deux nations se sont accordés pour coécrire !

Tout est rare dans ce livre, le procédé d'écriture, la partie en hassanya, le contenu...

En un livre à deux sens et 5 langues, deux histoires, fictions politiques ou textes de politique fiction, des textes empreints de vraisemblance, qui sont aussi des sages élaborations tissées d'espoir.

"Les Sahraouis en 2018" : deux scénarii vers une indépendance inéluctable. Quand l'or noir annihile les esprits, et l'avidité le bon sens, tout est possible - le meilleur comme le pire - pour un peuple écartelé entre occupation et exil. C'est le contexte de la première histoire,

"Imagine. Il faut partir": 40 années de vie précaire comme réfugiés et sous assistanat sont bouleversées quand il faut partir, et trouver refuge ailleurs. Face à la réalité implacable, tout est à inventer pour partir de l'aride désert salin, et chercher au-delà des champs de mines antipersonnel… 

Préfacé par Niko, blogger à Mediapart

Par l'entrée occidentale, les versions en français, anglais et espagnol, et par l'entrée orientale, les versions en hassanya et arabe.

Ils ont dit des textes :
- Militant sahraoui en territoire occupé : "C'est très important ce texte, c'est la première fois que quelque chose comme ça est écrit"
- Universitaire sahraoui en Espagne : "Le texte est bon, maintenant il faut suivre le script"
- Une militante française : "Bluffée ! C'est ce que je me suis dit après avoir lu Imagine. J'ai plein de choses à dire dessus… !"
- Le représentant sahraoui en France (2015) : "La question du Sahara Occidental est suffisamment sérieuse pour ne pas jouer avec".
- Une militante espagnole. "Le texte est visionnaire ! Ils en sont maintenant presque à la guerre à Gerguerat"
- Une lectrice française :"Je me suis laissée prendre par le texte, à un moment j'étais perdue, je ne savais plus si c'était la réalité ou une fiction !"
- Le représentant sahraoui aux USA (2015) : "This is the best thing I have ever read about us! Thank you so much".

Pour l'acheter :
Commander à APSO, en écrivant à APSOlument@yahoo.fr

180p. 8 euros
ISBN 978-2-9552413-1-8

Paru aussi chez APSO : "Lutter au Sahara, du colonialisme vers l'indépendance au Sahara Occidental" http://ap-so.blogspot.fr/p/lutter-au-sahara-le-livre.html
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Imagine. « The Saharawis in 2018 » and « We must leave »

Current relations between France and Western Sahara are an inept paradox of history ;  to make this not  to be the case writers of the two nations have agreed to write together, to co-write !

Everything about this book is unusual, the procedure for writing, the part in Hassaniya, the content…

In a two-way book in  five languages, we have two stories which are political fictions or texts of political fiction, texts full of plausibility, which are also shrewdly developed and interwoven with hope.

« The Saharawis in 2018 » «  two scenarios leading to inevitable independence . When black gold annihilates minds and greed all good sense, everything is possible – the best just as much as the worst – for a people torn between occupation and exile. This is the context of the first story.

« Imagine. We must leave » : 40 years of precarious life as refugees  dependent on aid are upset when it is necessary to leave and find refuge elsewhere. Faced with the implacable reality, everything has to be invented to depart from the arid salty desert and look beyond the anti-personnel minefields.

Preface by Niko who blogs at Mediapart.

Starting from the Western side, we have French, English and Spanish versions of the text, and from the Eastern side, versions in Hassaiya and Arabic.

Comments on the stories :
- Saharawi activist in the occupied territory : « It’s very important this text, it is the first time that something like this has been written »
- Saharawi academic in Spain : « The text is good, now let’s follow the script »
- A French activist : « Bluffed, that’s what I said to myself after reading Imagine. I have lots to say about it… »
- The Saharawi representative in France (2015) : « The question of Western Sahara is serious enough not to play with it »
- A Spanish activist «  « The text is visionary ! They are now almost at war in Guerguerat »
- A French reader : « I was taken in by the text, at one moment I was lost and no longer knew if it was reality or fiction ! »
- The Saharawi representative in the USA (2015) : « This is the best thing I have ever read about us ! Thank you so much,»

To purchase :
Order from APSO, by writing to : APSOlument@yahoo.fr

180p. 8 euros
ISBN 978-2-9552413-1-8

Also published by APSO : "Lutter au Sahara, du colonialisme vers l'indépendance au Sahara Occidental" http://ap-so.blogspot.fr/p/lutter-au-sahara-le-livre.html
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Imagina. «Los saharauis en 2018» y « Hay que partir»

Las relaciones actuales entre Francia y el Sahara Occidental son una paradoja inepta de la Historia. A pesar de ello, ¡escribidores de ambas naciones se han puesto de acuerdo para co-escribir!

Todo es raro en este libro: el procedimiento de escritura, la parte en hassanía, el contenido…

En un libro en dos direcciones y cinco lenguas, dos historias, ficciones políticas o textos de política ficción, textos verosímiles que son también elaboraciones sabias tejidas de esperanza.

“Los saharauis en 2018”: dos guiones hacia una independencia ineluctable. Cuando el oro negro aniquila el espíritu, y la codicia, el sentido común, todo puede pasar –lo mejor y lo peor- a un pueblo dividido entre la ocupación y el exilio. Este es el contexto de la primera historia.

“Imagina. Hay que partir”: 40 años de vida precaria como refugiados y viviendo de la ayuda se trastornan cuando hay que partir y encontrar refugio en otra parte. Frente a la realidad implacable, todo está por inventar para salir del árido desierto salino y buscar más allá de los campos de minas antipersonas…

Prefacio de Niko, blogero en Mediapart

Por la entrada occidental, las versiones en francés, inglés y español, y por la entrada oriental, las versiones en hassanía y árabe.

Comentarios sobre los textos:
 - Activista saharaui en los territorios ocupados: “Este texto es muy importante. Es la primera vez que se escribe algo así”.
- Universitario saharaui en España: “El texto es bueno. Ahora hace falta seguir el guión”.
- Una activista francesa : “¡Me ha embaucado! Es lo que he pensado tras leer Imagine. Tengo muchas cosas que decir al respecto…”.
- El representante saharaui en Francia (2015) : « “La cuestión del Sahara Occidental es demasiado seria para jugar con ella”.
- Una activista española: « ¡El texto es premonitorio ! Ahora están en un clima pre-bélico en Guerguerat”.
- Una lectora francesa : “Me he dejado llevar por el texto hasta que me he perdido en él. ¡Ya no sabía si se trataba de realidad o de ficción!”.
- El representante saharaui en los EEUU (2015): “¡Es lo mejor que he leído jamás sobre nosotros! Muchísimas gracias”.

Para comprarlo:
Encargar a APSO escribiendo a APSOlument@yahoo.fr
180páginas. 8 euros
ISBN 978-2-9552413-1-8

También en APSO : « Luchar en el Sahara; del colonialismo hacia la independencia en el Sahara Occidental »  http://ap-so.blogspot.fr/p/lutter-au-sahara-le-livre.html